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Atout santé - 8 - Santé mentale

Bien-être, mal être, j’en parle

Chacun souhaite le bonheur, pour soi, pour les autres. Mais le « bonheur au plus vite » et la recherche du bien-être rapide ne deviennent-ils pas un must de notre époque ? Cette philosophie de vie postule le bonheur comme la suppression de tout ce qui vient « déranger ». Or, la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Elle est normalement jalonnée de joies, de satisfactions et de plénitude comme d’angoisses, d’épreuves et de passages difficiles. Tous ces moments peuvent être féconds, les bonheurs et les malheurs, pour construire son équilibre de vie.

Trouver son équilibre

Avoir des problèmes n’a rien d’anormal. Les étudiants, en particulier, vivent une phase décisive de leur vie, un temps de passage. Quitter sa ville, son village, ses copains pour tisser de nouveaux liens. Quitter sa famille pour en construire une autre. C’est le temps du trajet symbolique entre la sphère familiale et la sphère sociale. C’est le passage de la dépendance à l’autonomie. Ce trajet est fait de nouveaux investissements et de nouveaux choix de vie. Il est fait également de renoncements et de ruptures. Chacun possède en soi les aptitudes nécessaires à la recherche de son nouvel équilibre et les ressources pour gérer les moments difficiles : être à l’écoute de soi-même, prendre les décisions qui conviennent … : « Le bonheur », disait Aristote , « c’est poser des actes en concordance avec sa pensée ». A chacun son équilibre, sa recherche d’authenticité, sa cohérence interne, son adéquation au milieu de vie. L’être humain est en perpétuelle évolution et le bien-être est donc une constante négociation.

Notre santé mentale est un état qui nous est particulier. Il n’est pas le même pour tous, il n’est pas le même tout le temps.

La souffrance est humaine

Parfois les difficultés sont telles que les ressources habituelles de la personne deviennent inopérantes, tant pour elle-même que pour son entourage. C’est la perte de l’équilibre. On peut tous, à un moment ou à un autre, éprouver davantage de difficultés à faire face. Voire « décrocher », pour mille raisons, personnelles et/ou extérieures à soi, parfois même non identifiables à première vue. Avoir une bonne hygiène de vie ou, apparemment, « avoir tout pour être heureux », n’empêche pas les souffrances existentielles ou les accidents de la vie. Les étudiants, comme tout un chacun, peuvent vivre des passages difficiles ou être confrontés aux difficultés de leurs proches : le stress et la fatigue excessifs par rapport aux cours, des problèmes d’adaptation, des tensions familiales ou sociales, la solitude, des violences, des harcèlements,… Ces situations sont moins rares qu’on ne l’imagine. Lorsque l’être humain ne peut plus faire face, des réactions particulières de souffrance apparaissent. Elles s’expriment différemment selon les personnalités, dans le style et dans l’intensité.

Les signes d’un excès de souffrance

Les symptômes les plus courants sont : certains échecs scolaires ou amoureux, les troubles alimentaires (anorexie, boulimie…), les perturbations du sommeil, les sentiments dépressifs, les excès d’alcool ou de médicaments, le retrait social, les phobies, les comportements agressifs, les toxicomanies, le jeu compulsif, les utilisations irrépressibles d’Internet, les angoisses paralysantes, les troubles de la perception, les idées suicidaires, les inhibitions sexuelles… L’épanouissement personnel n’est plus possible, la santé mentale est en danger.

Besoin d’en parler

« Je suis venue vous voir car cela ne va plus. Je ne comprends pas ce qui se passe. Je me sens triste. J’ai tout le temps envie de pleurer… Je ne sais plus où j’en suis. Je n’ai plus envie de rien. Rien ne me motive… Je ne veux plus voir personne ! »

« Depuis qu’il est parti, la vie n’a plus de sens. Je me sens toute perdue, sans repère. »

« Je me sens déprimé mais je me dis que je ne peux pas me laisser aller. Je dois être solide, ne pas penser à moi mais penser aux difficultés de mes parents…Je dois les aider et pas le contraire ! »

« Je vis un drôle de truc. Je ne me sens plus à l’aise avec mes copains de mon village. C’est comme si je les trahissais d’être sur les bancs de l’Unif. Je ne sais plus où est ma place. Finalement, je ne me sens bien nulle part ! »

« Je ne sais pas si je suis attiré par les garçons ou par les filles…Avoir des relations sexuelles, cela me fait peur, je me sens bloqué quelque part. »

« Ma maman est dépressive depuis longtemps. Est-ce que je ne risque pas d’être malade comme elle, n’y a-t-il pas un risque d’hérédité ? »

« Quand je vais à une soirée, je bois toujours quelques verres, sinon les contacts ne sont pas pareils, je me sens un peu coincé… »

« Je ne sais jamais me décider pour rien. Choisir me fait peur. »

« Je me sens différent des autres. Est-ce que je suis normal ? »

« Je suis anxieuse dans les auditoires. Je me sens oppressée et je n’arrive plus à écouter le professeur. »

L’essence retrouvée

Face à des situations difficiles, l’important est de ne pas rester seul(e) avec un problème. Pour être en bonne santé mentale, chacun a besoin d’appartenir à un groupe social, de se reconnaître dans l’autre, ou dans quelques autres, et d’être reconnu. Trouver des ressemblances, des points communs, des centres d’intérêts partagés nous conforte dans nos points de vue, rompt l’isolement et permet de partager ce que nous avons de plus important. Cet échange est indispensable à notre équilibre. Rencontrer des gens, faire du sport, s’investir dans un projet, rendre son environnement le plus agréable possible, bien se nourrir etc. sont déjà des moyens qui permettent de se sentir mieux dans sa peau. Parler de ce qu’on vit avec quelqu’un de proche, un ami, un parent est un autre pas, un pas important. Certains croient qu’ils n’ont personne à qui parler. Pourtant, en cherchant bien dans leur entourage, ils trouveront souvent une personne qui se montrera attentive.

Simplement écouter, cela peut vraiment aider

Face aux souffrances de l’autre, être là, écouter - sans juger-, ne pas trahir les confidences qui sont faites, soutenir dans la recherche d’aide sont déjà d’un grand secours. Par ailleurs, quand on vient en aide à quelqu’un, il est important de ne pas se négliger, de ne pas dépasser ses propres limites. Aider, ce n’est pas porter les difficultés de l’autre à sa place.

Ne pas attendre la dérive pour consulter

On peut ne plus être en état de se reprendre ou souffrir d’une maladie mentale qui requiert des traitements spécialisés, médicamenteux ou autres. Dès que l’on se sent dépassé(e) par les événements, il ne faut pas hésiter à faire appel à un professionnel. Il n’est pas nécessaire que cela soit « grave » pour consulter. Bien au contraire, mieux vaut donner un bon coup de pouce avant que cela ne nous mène à la dérive. Il est important de donner sens aux événements traversés, en prenant le temps de la réflexion, de la parole. Ces évènements deviennent alors une étape à partir de laquelle il est possible de se construire, de prendre place en tant qu’adulte dans la société. Intégrer les déséquilibres comme part inhérente de la construction de l’équilibre personnel fonde le développement authentique de la personne humaine.

La parole libère

« Je n’arrive plus à trouver le sommeil. J’ai des angoisses terribles, mon cœur bat à toute allure. Je pense à la famille restée au pays, je me demande ce qu’ils deviennent…J’en parle avec les compatriotes. Cela me fait du bien. Mais j’ai sans doute besoin d’une aide professionnelle."

« Ce prof nous rendait fous. Nous étions écrasés de boulot. Il a fallu du courage mais le délégué lui a parlé. Cela va un peu mieux ! »

« Maintenant que j’ai pu parler ici, je me rends compte à quel point le décès de mon père m’a empêché de vivre ma propre vie, d’oser faire mes propres choix, d’assumer mes décisions. »

« Le fait d’avoir pu m’exprimer librement m’a permis de faire ressurgir des événements enfouis, qui me faisaient peur…sans le savoir, ils agissaient sur mon comportement. Je comprends mieux maintenant pourquoi je réagissais de cette façon. »

« Ces quelques jours dans la chambre d’accueil m’ont vraiment fait du bien. J’ai pu prendre un peu de recul et je suis prête maintenant à avoir une explication franche avec ma mère. »

Les ressources "locales"pour les étudiants

De nombreux lieux existent où des personnes, à différents niveaux, peuvent écouter, aider à trouver des solutions.

Le réseau étudiant : les délégués de cours, les responsables de cercles, de kots, de collectifs étudiants… Quand le difficulté est partagée par plusieurs personnes, par exemple face à un excès de travaux, à des horaires particulièrement mal équilibrés, on peut réfléchir avec ses pairs et traiter la situation de façon collective. Cette mobilisation peut être efficace et enrichissante.

Les membres du personnel de l’Université, de l’Ecole : les professeurs, les assistants, les secrétaires, les responsables de quartier… Ils sont davantage disponibles et disposés à accueillir qu’on ne l’imagine. Ils peuvent aussi vous éclairer et vous orienter vers les « bonnes portes ».

Où se documenter ?
- Le Centre local de promotion de la santé (CLPS) de votre région
- La Ligue Bruxelloise Francophone pour la Santé mentale, rue du Président, 53 à 1050 Bxl : 02 511 55 43

- La Ligue wallonne pour la santé mentale, rue Muzet, 32 à 5000 Namur : 081/23 50 10

- La Fondation Julie Renson, rue de Lombardie, 35 à 1060 Bxl : 02/538 94 76

- Le Centre de santé mentale de votre région

- Auprès d’un médecin

- Dans le Guide social : www.guidesocial.be

Cette fiche a été réalisée avec le Centre de guidance de Louvain-la-Neuve et le Service d’aide de l’UCL.

Editeur responsable : Martin De Duve © mars 2009 Univers santé Tél.010/47 28 28

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