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Atout santé - N°20 - Santé mentale
La déprime
Tout étudiant passe par des hauts et des bas. Sans dramatiser ces passages à vide, cela vaut la peine de leur prêter attention et de ne pas les banaliser. L’étudiant(e)qui connaît un moment de déprime souvent ne comprend bien pas ce qui se passe. Il ou elle ne sait que faire pour s’en sortir. Son entourage souhaite l’aider mais il peut aussi se sentir démuni. La solution miracle n’existe pas. Toutefois, le fait de pouvoir reconnaître la difficulté, d’en parler et d’adopter certaines attitudes, aide à ne pas s’enfoncer dans le mal-être.

Bonjour déprime
Fatigue de tout, pas le moral, envie de pleurer : voilà le blues, le spleen, la déprime qui s’invite sans que l’on sache trop pourquoi. Elle peut toucher tout le monde. Elle peut survenir après un événement douloureux, une rupture amoureuse ou la perte d’un être cher. Mais le plus souvent, la cause est moins évidente à cerner. Cela peut être la perte d’une image que l’on pensait avoir auprès des autres ou encore un questionnement autour du sens de sa vie à 20 ans. Ces questions sont tout à fait légitimes : trouver sa voie prend du temps ! Le jeune se trouve alors dans un état d’entre-deux. Il a perdu ses points de repère et doit en retrouver des nouveaux. Quand cela va mieux, la déprime est perçue par certains comme un passage qui a permis d’évoluer, de se construire. Le chemin parcouru a, en quelque sorte, donné l’occasion de trouver un nouvel équilibre.
Les symptômes de la dépression
Quand le psychique va mal, c’est parfois le corps qui l’exprime. Une personne dépressive peut se reconnaître à trois symptômes fréquents :
Des troubles du sommeil, dont une forte tendance à des problèmes d’endormissement et à des réveils précoces. La personne dépressive se réveille fatiguée, et a du mal à sortir du lit. Elle a tendance à se sentir de mieux en mieux au fur et à mesure de la journée.
Une humeur morose. Elle se sent tout le temps triste sans raison. Elle voit tout en noir, éprouve un sentiment pénible de souffrance, de vide.
Envie de ne rien faire. Le moindre geste lui paraît une montagne. Toutes les tâches quotidiennes deviennent des obstacles. D’autres symptômes, variables d’une personne à l’autre, peuvent apparaître : la perte d’énergie, une agitation ou, au contraire, un ralentissement psychomoteur ; une irritabilité, un sentiment plus ou moins intense de culpabilité, d’auto-accusation ou d’auto-dénigrement ; la survenance plus ou moins fréquente d’idées morbides ; une diminution de la capacité de concentration ; des troubles de l’appétit ou du poids.
Quand déprime devient dépression.
La dépression correspond à un état durable de la déprime. La dépression apporte ce sentiment douloureux d’un effondrement. Rien ne sera plus comme avant. On ne fait plus de projet. On n’a plus envie de sortir, on se renferme sur soi, on perd le contact : c’est comme une spirale dans laquelle on s’enfonce. La moindre difficulté devient dès lors une épreuve insurmontable. Dans la dépression, on se sent nul et inutile. Les pensées sont envahies par un discours négatif sur soi. On se sent incapable, inférieur aux autres. L’image que l’on a de soi est profondément altérée.
Petits objectifs, grande fierté
Quand on traverse un moment de déprime, prendre du recul devient difficile et les capacités de concentration diminuent. Une attitude bénéfique consiste alors à se focaliser sur des réalisations très concrètes. Chacun détient des petits secrets pour se faire du bien : retourner se balader dans un coin d’enfance, jouer au foot, regarder ses photos de vacances, aller louer un Dvd, mettre ses notes en ordre. Ce type d’activités permet des résultats concrets et parfois tout simplement de se faire plaisir, de prendre soin de soi. Il procure une satisfaction immédiate. La personne déprimée a tendance à vouloir rester au lit. Un peu, ok ! Longtemps, le risque apparaît de perdre le contact avec la réalité. Une “ planification ” de la journée peut constituer un bon outil pour éviter de se réveiller le matin sans savoir que faire. D’abord, se lever. Ensuite, se fixer un objectif modeste, concret dont on pourra être satisfait : ranger sa chambre, ou ramener ses livres à la bibliothèque. Mille choses qui traînent depuis des mois ? Aujourd’hui, une d’entre elles disparaîtra. Si aujourd’hui il a été possible de ramener des livres à la bibliothèque, peut-être que demain il sera envisageable de suivre une heure de cours. Cela peut prendre du temps de sortir d’une déprime. Il est important d’être indulgent avec soi-même, d’accepter que pour l’instant cela va mal et de vivre un peu au ralenti. Tout en sachant que cela ira mieux plus tard.
Que dis -tu ? Consulter ?!!
Dans les moments de passage à vide, il est important de ne pas rester isolé, de se confier, de communiquer. La parole permet d’évacuer et de partager sa souffrance, de prendre un peu de distance. Cela peut s’avérer difficile de se confier aux proches. Ceux-ci ne sont pas nécessairement préparés à écouter. Ou bien ils sont trop impliqués dans notre vie pour pouvoir prendre du recul ou de la distance. Alors pourquoi ne pas se tourner vers un professionnel ? Vouloir s’en sortir seul est positif jusqu’à un certain point. Une aide extérieure devient parfois nécessaire. On a souvent une fausse représentation des “ psys ”. Consulter ne signifie pas “ être fou ”. Il est normal, à certains moments, de ne plus savoir où l’on en est. Il existe des gens dont le métier est d’écouter et d’aider à résoudre certaines difficultés.
Quand consulter ?
Un mal-être diffus, qui s’exprime parfois en maux plutôt qu’en mots, est une raison suffisante pour consulter, sans attendre que la vie soit devenue insupportable ou qu’un événement particulier survienne. Reconnaître son problème, le nommer, donc prendre du recul, est déjà un pas vers un mieux-être. Il existe plusieurs types de démarches, de spécialistes, de thérapies, de possibilités d’aide différentes. On peut consulter simplement pour un soutien ponctuel ou préférer quelques séances plus espacées. Le premier essai sera peut-être le bon. Rien n’empêche de consulter juste une fois. Déposer son paquet (peut être) est déjà libérateur. Consulter ne signifie pas nécessairement s’embarquer pour des années de thérapie. Il est important de trouver sa formule et de la négocier avec le spécialiste.
Sauvegarder les droits d’étudiant
La déprime peut aller de pair avec un décrochage au niveau des études. Mieux vaut ne pas attendre d’être complètement perdu pour demander une aide académique. Il y a certainement un prof, une secrétaire, un conseiller aux études à qui l’on peut s’adresser. Ils peuvent apporter un premier soutien, une première écoute, et vous informer sur les lieux d’aide. Ils sont aussi particulièrement bien placés pour vous aider à sauvegarder vos droits d’étudiants, informer le jury de vos difficultés par exemple, afin qu’il délibère en connaissance de cause.
S’en sortir avec l’aide de médicaments ?
Les médicaments ont pour effet de réduire les symptômes. Ils n’apportent pas une solution aux difficultés rencontrées. Les antidépresseurs améliorent l’humeur : en se sentant un peu mieux dans sa peau, la personne déprimée peut retrouver un regain d’énergie et ainsi penser à autre chose qu’à ses maux et être à même de s’investir dans un dialogue thérapeutique. Aussi, si certains craignent les effets secondaires et les risques de dépendance, les médecins sont là pour informer, avant même de prescrire.
Ils le disent
“ Il m’a vraiment reçue froidement et ne m’a pratiquement pas regardée. Et moi qui pensais qu’il m’appréciait ! Cela m’a complètement retournée. ”
“ Je broyais du noir. J’ai allumé la TV et puis j’ai eu le “ bon réflexe ” : j’ai téléphoné à une copine. J’ai un peu pleuré au téléphone, elle m’a écoutée. Finalement, nous rigolions. Après, je me sentais un peu mieux. ”
“ Finalement j’étais bien dans mon collège. Ici, il y a toute cette masse d’étudiants, ces cours en auditoire, cette quantité de matière, toutes les sorties possibles, c’est beaucoup. ”
“ J’ai remarqué qu’il ne parlait plus beaucoup. Il râlait pour rien. Avec un pot, nous lui avons proposé de découvrir des bières de tradition. Il a d’abord refusé puis il a finalement accepté. Nous avons passé un moment d’échange sympa, pendant lequel il a pu sortir des trucs. Cela nous a aussi fait du bien. ”
“ Sur les conseils d’un copine, je suis allé chez un psy. C’est vrai que j’ai pu y dire des choses que j’aurais difficilement exprimées ailleurs. On a fait un bout de chemin et cela m’a permis de redémarrer. ”
Être le proche
Reconnaître et accepter la souffrance.
Il ne va pas nécessairement de soi de se rendre compte que son ami, sa sœur, son père est déprimé. On n’est pas dans la peau de l’autre. La personne déprimée utilise souvent des signaux indirects pour signifier son désarroi. Il est donc important d’être ou de rester attentif. Il peut s’avérer difficile d’accepter ce mal-être, en particulier quand on ne comprend pas ce qui se passe.
Être là, simplement là, c’est déjà un acte important. Une présence attentive apporte du réconfort, même si on a l’impression de ne servir à rien. La personne déprimée se sentira déjà mieux si elle peut décharger son fardeau. L’écoute est donc essentielle. Elle apporte un grand soulagement. Mais écouter ne veut pas dire conseiller, faire la morale ou même juger. Les propos du style : “ tu as tout pour être bien ”, “ ça ne sert à rien de déprimer ”, “ remue-toi ”…, font plus de tort que de bien.
Proposer des activités communes
Lors d’un simple passage à vide, les proches peuvent parfois se montrer plus directifs. Ils peuvent refléter le positif et proposer certaines activités, sans forcer. Mais le discours directif ne sera pas entendu par une personne vraiment dépressive. Venir avec des solutions toutes faites ne sert à rien. Mieux vaut imaginer et organiser ensemble de petites choses comme prendre les repas en commun. Et si la vie devient invivable, la personne qui tente de soutenir celle qui ne va pas bien peut aussi se faire aider et consulter pour elle-même. Cette démarche influencera peut-être la personne déprimée.
Pour celui qui veut aider, se préparer au rejet
Il arrive que la personne déprimée ne veuille tout simplement pas parler, qu’elle rejette agressivement toute aide. Elle utilisera des propos du genre : “ de toute façon, tu ne peux pas m’aider ” ou “ ça ne changera rien ”… Elle peut aussi demander indirectement de l’aide mais la refuser lorsqu’on la lui propose. Si quelqu’un ne veut pas être aidé, on ne peut pas l’obliger. Dans les moments de déprime, la personne a besoin de temps pour se restructurer. Le proche doit donc savoir supporter les refus et ne pas s’arrêter au premier essai. Il arrive que la personne déprimée revienne sur sa décision. Le plus important est de manifester sa présence et de tendre des perches. À la personne déprimée, ensuite, d’accepter ou non l’aide proposée.
Exprimer sa propre difficulté.
Il arrive qu’après un long moment d’écoute, le proche se sente saturé ou même impuissant face à la souffrance de son ami(e). Il faut pouvoir accepter d’être faillible pour éviter d’en arriver au rejet et, tout en regrettant son impuissance auprès de la personne qui déprime, répéter son soutien, avouer sa peine et ses difficultés face à cette situation. Il sera parfois nécessaire de faire prendre conscience à la personne déprimée qu’elle n’est vraiment pas bien. Quand le moment se présente, on peut lui procurer des adresses en matière d’aide, l’orienter vers un spécialiste ou même l’y accompagner.
Où s’informer ? Où trouver de l’aide ?
Le service d’aide, l’assistante sociale de ton lieu d’étude
Un médecin généraliste
Le PSE (Service de promotion de la santé)
Infor Jeunes
Télé Accueil : 107 (Une personne à qui parler dans l’anonymat 24h/24).
Le centre de santé mentale de ta région
Prévention suicide : 0800/32.123 (pour une difficulté personnelle ou pour un proche, dans l’anonymat).
Cette fiche a été réalisée avec la collaboration du Service d’aide de l’UCL et du Service de Santé mentale “ Centre Chapelle aux Champs "
[Editeur responsable : Martin De Duve, 2008 © Univers santé]

