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« Atout santé » - N°15

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Atout santé - N°15 - Alimentation

L’autre assiette

Un poulet qui court encore, ou presque, une tomate bien goûteuse, une céréale étrange venue d’ailleurs, tous ces produits existent sur le marché et invitent au questionnement. Comment acheter et comment consommer pour veiller à ma santé, mais aussi à celle des autres et à celle de la planète ? Manger sainement implique de veiller à l’équilibre nutritionnel mais aussi à la qualité des aliments. Une qualité qui tient compte à la fois de facteurs diététiques, environnementaux et sociaux. L’agriculture biologique et le commerce équitable contribuent à offrir cette qualité. Même si ils ne sont pas sans faille. Faut-il dès lors consommer bio ? Est-il possible de concilier des notions telles que plaisir, temps, argent, santé, protection de l’environnement, droits des producteurs ? Voici quelques balises et des pistes de solution pour s’offrir une assiette de qualité.

Un concept global

Prendre soin du sol et des êtres vivants qui l’habitent : voilà le principe fondamental de l’agriculture biologique. Cette conception de l’agriculture s’appuie sur le choix de valeurs, comme le respect de la terre, des cycles biologiques, de la santé, de l’environnement et du bien-être animal, de la vie sociale… Le bio, c’est aussi une autre façon d’aborder l’économie et les relations sociales, en faveur du maintien des paysans dans les campagnes, la préservation du lien entre le producteur et le consommateur… Le bio invite tout un chacun à revoir son rapport au temps, à la vie. Sur le plan technique, l’agriculture biologique marie méthodes millénaires et techniques de pointe.

L’aliment bio déshabillé

Le bio commence concrètement son existence durant les années 60, avec la mise au point des premiers cahiers de charge définissant les critères de production bio. Emboîtant le pas aux associations, l’Europe élabore son propre règlement en 1991 pour les productions végétales (Règlement 2092/91) et en 1999, pour les productions animales (Règlement 1804/99). En 2007, un nouveau cadre juridique régit la production biologique et l’étiquetage des produits biologiques par le règlement (CE) n° 834/2007 du Conseil du 28 juin 2007. L’harmonisation de la production, de l’étiquetage et du contrôle des produits biologiques assure une concurrence loyale entre les producteurs et renforce la confiance des consommateurs, de plus en plus nombreux en Europe. (http://ec.europa.eu onglet législation européenne, synthèse de la législation)

Le cahier des charges européen

Pour un produit végétal, répondre aux critères suppose une fertilisation naturelle des sols, une gestion écologique des “ nuisibles ” et des maladies, l’utilisation de semences biologiques, l’interdiction de l’ionisation des produits (méthode de conservation) et l’absence de recours aux OGM (organismes génétiquement modifiés) … Tout usage de produit chimique, insecticide et pesticide, est rigoureusement interdit. Pour un produit animal, la ligne directrice est la liaison de la production au sol qui la supporte. Concrètement, cela implique de limiter le nombre d’animaux par unité de surface ; par exemple, deux vaches laitières à l’hectare en plein air ou 580 poulets de chair… L’objectif est de disposer de surfaces de terrain suffisamment importantes pour produire la nourriture des animaux et pour épandre les effluents, réduisant ainsi les risques de pollution. Les animaux doivent provenir d’une filière entièrement biologique : nourriture biologique, antibiotiques utilisés de manière curative uniquement, méthodes de reproduction et de mise bas naturelles…

Des contrôles réguliers

Chaque Etat membre désigne une autorité ou un organisme national auprès duquel les producteurs, les transformateurs et les distributeurs de produits bio doivent se signaler. En Belgique, deux organismes sont agréés pour certifier et contrôler le respect du cahier des charges : Certisys en Wallonie et Integra, du côté flamand. Ils effectuent un contrôle annuel systématique sur place. Tout peut être vérifié : sols, plantes, carnets d’élevage, comptabilité… Par ailleurs, des contrôles inopinés ont lieu un peu plus d’une fois par an et sont à la charge du contrôlé. En cas de non-conformité du produit ou d’un acteur de la chaîne, diverses sanctions sont prévues.

Les aliments bio sont-ils plus sains ?

Probablement. Mais on ne peut pas encore l’affirmer de façon scientifique. Il y a assez peu d’études à cet égard. Une vaste étude européenne, qui portera sur plus de 2000 produits alimentaires, devrait apporter des réponses à cette question complexe. En effet, de multiples facteurs doivent être analysés et comparés : la teneur en nutriments, la fraîcheur, la présence de contaminants tels que nitrates, mycotoxines… Par exemple, des questions se posent quant à la présence de moisissures dans des produits à base de céréales. Mais consommer des aliments pour lesquels on ne risque pas (ou peu, par contamination) de trouver des résidus de pesticides est à priori meilleur pour la santé. De même, le faible impact environnemental de la production a des effets indirects sur la santé : par exemple, la protection des nappes phréatiques. Et, selon plusieurs études, les aliments biologiques contiendraient, en général, davantage de nutriments utiles (vitamine C, par exemple) et moins de substances nocives, comme les nitrates, que les aliments produits de manière classique.

Gare au portefeuille ?

C’est vrai, le bio est en général plus cher à l’achat. Essentiellement à cause de sa demande plus forte en main d’œuvre et de sa plus faible productivité. Tout en achetant plus cher, on peut cependant arriver à ne pas dépenser plus grâce à une bonne répartition des menus entre produits animaux et végétaux, moins chers. Associées au cours d’un même repas, une céréale complète et une légumineuse apportent, en se complétant, des protéines de valeurs équivalentes et fournissent d’autres nutriments (fibres, amidon, vitamines et minéraux). Faire le choix d’une consommation de produits de base et de qualité signifie souvent moins de dépenses telles que sodas, snacks, biscuits d’apéros …

Plus cher, pour qui ?

Le surcoût est relatif. D’une part, le poids souvent supérieur en matière sèche des produits bio permet de se nourrir avec moins de matières. D’autre part, et d’une manière indirecte, le mode de production bio est beaucoup moins agressif pour notre environnement. Dépolluer une eau contaminée aux nitrates ou aux (restes de) pesticides revient cher à la collectivité !

Astuces pour un bio plus accessible

-  Acheter des denrées en vrac, aux producteurs sur les marchés
-  Manger moins de viande, plus de céréales et de légumineuses
-  S’abonner à des paniers bios : paniers de fruits et légumes de saison que l’on s’engage à acheter régulièrement auprès d’un revendeur ou du producteur
-  Préférer les légumes et fruits de saison (meilleurs au goût et pour la santé)
-  Organiser un groupement d’achats, pour tout le kot par exemple.

Le commerce équitable : une saveur plus juste

Fondé sur un échange commercial et non sur le don, le commerce équitable avec les partenaires du Sud est une forme de solidarité réellement novatrice. Il assure, par la vente de produits, un soutien économique durable à des groupes du Tiers-Monde. Cette action leur permet de se développer par eux-mêmes, à partir du fruit de leur travail équitablement rémunéré. Ils affectent eux-mêmes les bénéfices en fonction des besoins et de projets locaux. Les partenaires du Nord du commerce équitable privilégient des groupes qui poursuivent un développement solidaire et qui font participer le plus grand nombre, ainsi que des collectivités qui luttent dans un environnement hostile. Pourquoi la qualité d’un produit ne se mesurerait-elle pas aussi par son utilité, sa durabilité, sa valeur symbolique et culturelle ?

Collaboration sud-nord

Les partenaires du Sud, coopératives de producteurs, entreprises privées à but social, ateliers d’insertion de handicapés, organisations populaires, organisations intermédiaires de commercialisation, organisations d’Etat s’engagent à :

* Garantir la participation des producteurs aux décisions qui les concernent

* Etre une organisation d’économie sociale et durable génératrice de développement au sein de la communauté concernée

* Tendre vers une rémunération équitable des producteurs leur permettant de subvenir à leurs besoins fondamentaux, de manière durable

* Respecter l’environnement

* Fournir des produits commercialisables, de qualité et répondant aux besoins, en respectant les normes nationales et internationales à un prix acceptable pour le consommateur aussi.

Les partenaires du Nord s’engagent à :

* Assurer une rémunération plus équitable (prix plus élevé, préfinancement des commandes)

* Fonctionner de manière démocratique

* Organiser et financer une assistance aux producteurs

* Promouvoir une consommation utile et critique

* Respecter l’environnement.

Voyage éthique et culinaire

Pour découvrir au quotidien des saveurs plus justes et pour des soupers entre amis. En grandes surfaces (par exemple Max Havelaar) ou dans les Magasins du Monde-Oxfam, de nombreuses denrées sont proposées : pâte à tartiner, riz, quinoa, olives, huiles, thé, miel, chocolat, jus, noix, vins, … de merveilleux produits à accommoder selon les goûts. Des tas de recettes faciles, délicieuses et bon marché sont disponibles au Kot Oxfam, par exemple le gratin de quinoa, et à Univers santé.

Où s’informer ?

- Au Centre de recherche et d’information des organisations de consommateurs CRIOC

- Chez Certisys

- Chez Integra

- Dans les magasins Oxfam

- Sur les marchés de votre région

Cette fiche a été réalisée avec la collaboration du CRIOC et de la Faculté de bio-ingénieurs de l’UCL.

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