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« Atout santé » - N°9

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Atout santé - N°9 - Assuétudes

Le cannabis

Un étudiant sur quatre consomme plus ou moins régulièrement du cannabis. C’est ce qui ressort d’une récente enquête menée sur le site de Louvain-la-Neuve . Ce jeune consommateur de cannabis présente le profil suivant : c’est le plus souvent un garçon, il sort au moins deux fois par semaine, consomme également des cigarettes et de l’alcool et réduit de façon significative sa consommation durant le blocus et les examens. Il consomme en groupe, chez des amis ou dans son kot.

Le cannabis est bien présent, de plus en plus présent et de plus en plus accessible. “ Il n’y a pas de quoi fouetter un chat ”, disent les uns. “ Ce n’est pas si banal ”, disent les autres. Parlons-en !

Parler tout d’abord de ce qu’est le cannabis : un psychotrope dont les uns disent qu’on peut en avoir un usage pacifié, modéré. D’autres pensent que tout usage de psychotropes est problématique et pose la question de la dépendance à un produit. Parler aussi de sens. Pourquoi consommer du cannabis ? Que recherche-t-on ? L’intégration dans un groupe, la détente, la recherche d’un état mental différent ? Oublier tous ses soucis, le poids des études, l’échec d’une relation amoureuse ? Est-ce vraiment le bon moyen ? Une consommation abusive de cannabis peut occulter des questions essentielles, sans jamais y répondre. Parler enfin à un ami, un proche, un parent, d’une consommation dont on se demande si elle a du sens, si elle ne devient pas problématique.

Un fumeur, deux joints, trois possibilités

Il n’y a pas de société sans psychotropes, il n’y en a jamais eu. Que le cannabis soit licite ou non dans d’autres sociétés, cela importe peu. En fait, c’est le type de comportement du consommateur qui rend le cannabis plus ou moins anodin, plus ou moins dangereux. Nous distinguons trois types de consommation. Pour chacun d’eux, le sens du joint est différent et les risques encourus vont croissants.

L’usage épisodique

La plupart du temps, un usage épisodique n’entraîne pas de troubles du comportement ou de complications pour la santé. On fume occasionnellement et modérément, pendant une soirée par exemple. C’est souvent le cas chez les jeunes ou les adolescents. Le joint prend alors sa signification dans une sorte de rituel social : on accepte un joint par mimétisme, par effet d’entraînement, pour sentir qu’on appartient à un groupe. Chez les adolescents, on fume pour faire une expérience, comme on joue avec l’alcool. Le cannabis est aussi un moyen de faire tomber des inhibitions, de vaincre sa timidité, ses complexes. Il faut souligner que ce type d’usage ne provoque pas nécessairement une consommation de plus en plus fréquente ou un passage vers d’autres drogues. Toutefois, si la consommation augmente ou devient régulière, il peut y avoir un glissement progressif vers un usage problématique.

L’usage nocif

L’usage problématique, ou usage nocif, est une consommation qui détériore, abîme l’usager physiquement, affectivement, psychologiquement, socialement. Dans certains cas, l’entourage est également perturbé.

D’abord, il est évident que fumer “ trop ”, ou trop souvent démultiplie les effets sur la santé. Quant aux troubles du comportement, ils se font plus fréquents. A ce stade, celui qui fume ne contrôle plus sa consommation. Il entre alors dans un cercle vicieux. Plus il fume du cannabis pour résoudre ou oublier des problèmes, moins il est à même de les résoudre.Et plus les difficultés demeurent, plus il sera tenté de reprendre un joint, ce qui l’enfoncera dans ses problèmes etc. Ainsi, un usage nocif de cannabis provoque à moyen terme l’inverse de ce pour quoi le cannabis était consommé. Premier paradoxe : il enferme dans la solitude, dans un monde parallèle, alors qu’il devait faciliter les relations ou intensifier des sensations. Cette perte d’initiatives, d’intérêts, est nommée “ syndrome amotivationnel ”. Second paradoxe : un usage nocif de cannabis provoque une baisse des performances même s’il est pris comme un dopant pour être plus compétitif, ou comme calmant pour être plus détendu. Des problèmes scolaires, des difficultés de concentration s’ajoutent au reste.

Si le consommateur est plus fragile, le cannabis peut exacerber son anxiété. Parfois, une transformation de la personnalité, un sentiment de persécution sont causés par cet usage.

La dépendance

La dépendance à un produit, ici le cannabis, c’est “ la perte de la liberté de s’abstenir ”. (Définition de l’Asbl Le Pélican). Le cannabis crée une dépendance physique minime. Cependant, l’usage répété et l’abus de cannabis mènent à une assuétude psychique : le consommateur devient “ obsédé ” par l’obtention du cannabis, il “ perd sa liberté ”. Ceci est surtout vrai quand les fumeurs sont très jeunes et quand leur consommation révèle d’autres problèmes.

Quelques mots-clés

Cannabis ou chanvre indien : plante qui produit une résine qui contient une substance active responsable d’effets psychotropes.

« Herbe »ou marijuana : feuilles supérieures et surtout fleurs séchées de cannabis.

« Haschisch » (hasch, shit, …) : substance composée de résine produite par la plante et se présentant sous la forme d’une pâte assez dure. L’herbe et le haschisch sont les deux formes de préparation les plus communes. L’huile et le pollen (le « skuff ») en sont d’autres.

Drogue : le mot “ drogue ” vient du latin “ droga ” et désigne, en pharmacie, toute substance séchée active sur l’organisme. De façon plus restrictive, le mot drogue vaut pour toutes les substances qui changent l’activité mentale et/ou l’état de conscience. La société, quand elle parle de “ drogues ”, pointe seulement les produits qu’elle juge dangereux, dont elle ne veut pas autoriser l’usage. Quoi qu’il en soit, le cannabis reste un produit psychotrope.

Psychotrope : médicament ou substance qui agit chimiquement sur le psychisme. Ce terme signifie “ qui donne une direction à la pensée ”. Le cannabis est un psychotrope, il n’est donc pas anodin, banal, normal. Comme l’alcool par exemple, il comporte un risque plus ou moins grand de mauvais usages. La dangerosité du cannabis dépend donc autant du produit que de l’usager et du contexte de consommation.

Y a-t-il un bon usage du Cannabis ?

Pourquoi pense-t-on souvent que le cannabis est un psychotrope plus dangereux que l’alcool ?

Parce que le cannabis est une drogue nouvelle dans notre culture, contrairement à l’alcool qui y est intégré depuis des millénaires. Et tout ce que l’on connaît mal fait peur, d’autant plus qu’on ne dispose pas d’un recul suffisant pour être complètement rassuré. Comme il s’agit d’une drogue illégale, son usage n’est pas codifié dans notre société, et par conséquent, on ne sait pas bien quel peut en être le bon usage. En fait, plus l’usage d’un psychotrope est encadré par un rituel social ou familial, moins il est dangereux.

En ce qui concerne l’alcool, un "bon usage" nous est appris dès l’enfance. On sait par exemple qu’on ne boit pas un verre de vin au déjeuner, ou avant de conduire. Mais on sait qu’on peut boire avec d’autres, lors d’une fête ou d’un souper.

Un “ bon ” usage serait donc un usage qui limite les risques pour le fumeur ?

Oui, un usage qui ne le déstructure pas, qui ne diminue pas ses performances ou sa capacité d’intégration sociale. Le joint reste alors dans le registre du plaisir, ou de l’expérimentation. Il ne s’agit pas ici d’un besoin.

Comment savoir que le joint est devenu un besoin ? Y a-t-il des signes d’alerte ?

Le symptôme le plus répandu, c’est une sorte d’apathie, de passivité, de repli sur soi. On appelle cela le syndrome amotivationnel. Bref, le fumeur “ glande ” toute la journée, il ne parvient plus à se concentrer, à apprendre ses cours ou à mener à bien un projet. Tout en gardant l’illusion de pouvoir communiquer, il a du mal à assumer ses responsabilités ou à respecter des échéances importantes. Il vit une temporalité différente. Finalement, un rapport non distancié avec le cannabis contribue à une marginalisation progressive.

Y a-t-il d’autres indices d’un mauvais usage ?

Oui, quand le cannabis génère une perturbation psychologique importante. Un état d’angoisse par exemple. On a également décrit depuis longtemps l’existence d’une psychose cannabique, pour laquelle il est difficile de savoir si le cannabis est un simple facteur déclenchant, ou s’il est réellement à l’origine du délire.

Pour ne pas fumer, ne plus fumer, ou moins fumer : parler et écouter

Le silence plane autour de la consommation de cannabis. On ne veut pas en parler par peur des conflits, ou parce que, après tout, cela ne semble pas nécessaire. Pourtant, échanger, discuter, sont les premières des démarches à effectuer face à un usage de cannabis et, plus largement, lorsqu’une assuétude s’installe. La parole est un moteur essentiel. Elle a un effet double : préventif et thérapeutique. N’ayons pas peur de parler de l’usage du cannabis entre amis, avec un proche, avec un professionnel de la santé.

• Mon ami, mon enfant, mon étudiant, fume

le dialogue est la meilleure des préventions, surtout avec les jeunes qui ont souvent besoin de transgresser l’interdit. Adopter un ton moralisateur est alors peu efficace. De plus, il ne sert à rien de dramatiser une expérience de cannabis puisqu’un usager occasionnel de cannabis n’est pas un toxicomane. Enfin, la discussion permet de mieux comprendre les raisons de la consommation de cannabis. Des jeunes, victimes d’assuétudes, témoignent : ils cherchent à se stimuler pour être compétitifs. Ils cherchent à s’affranchir de contraintes sociales tout en restant socialisés. Ils tentent d’oublier un échec… Est-ce que le joint est la clé du problème ?

• Je fume un peu, beaucoup... Dialoguer permet de mieux cerner mon type d’usage de cannabis et donc les risques que j’encoure. Surtout, le dialogue ouvre d’autres portes quand on croit que la consommation de cannabis est le seul remède ou qu’elle est irrémédiable. Oser et pouvoir dire non au cannabis, c’est aussi se redonner l’occasion de découvrir et prendre en charge ses problèmes, de tout ordre, autrement, plus efficacement.

Les bonnes questions à se poser face à l’usage de cannabis

- La consommation est-elle occasionnelle, fréquente, régulière, systématique ?
- La personne consomme-t-elle seule ou en groupe ?
- Pourquoi la personne fume-t-elle du cannabis ? Pour s’amuser à une soirée ? Pour imiter les autres ? Pour fuir son angoisse ? Pour oublier ses problèmes familiaux, scolaires ou autres ?
- Un changement de comportement est-il perceptible (anxiété plus forte, apathie, isolement fréquent etc.) ?

Ami, parent, professionnel

Le dialogue, dans la majorité des cas, évite une consommation avec des conséquences graves. Le mieux est de se tourner vers un ami ou un proche, quelqu’un en qui on a confiance. Des professionnels sont aussi là pour écouter, jeunes et adultes, pour les aider si c’est nécessaire, et jamais pour les juger.

« Trip » : du rire au risque

Fumer ne provoque pas seulement le plaisir qu’on attendait, qu’on désirait. Des effets secondaires, plus ou moins graves, sont à connaître et à prendre en compte.

Les effets physiques

• Parfois, celui qui a fumé un joint peut ressentir des vertiges, il ne contrôle plus vraiment ses mouvements, sa bouche devient sèche, son rythme cardiaque s’accélère. Ces troubles sont désagréables, mais peu dangereux. En revanche, fumer un jointexpose aux mêmes risques que le tabac (cancer des voies respiratoires, irritations) en les accroissant. D’abord, il est lui-même un mélange de cannabis et de tabac. Ensuite, il est souvent fumé sans filtre. Enfin, s’ajoute régulièrement une consommation de cigarettes.

Les effets psychiques

• Les effets vont de la crise de fou rire à la crise de panique, tout simplement parce que le cannabis agit sur le cerveau et donc qu’il amplifie l’humeur du consommateur. Si celui-ci se sent détendu, lors d’une fête entre amis par exemple, il ira vers une légère euphorie, une sorte d’apaisement. Sa sensibilité aux couleurs, à la musique, sera aiguisée. Mais si l’angoisse rode, l’hilarité peut faire place à la déprime. C’est ce qu’on appelle parfois “ faire un mauvais trip ” (trip=voyage).

• Surtout, des doses de cannabis trop fortes plongent dans une sorte de somnolence : le temps s’allonge, la vue devient floue, la mémoire, la concentration sont plus lâches.

• Associer du cannabis et de l’alcool, ou du cannabis et d’autres psychotropes (ecstasy, médicaments etc) pris lors d’une même soirée ou séparément plusieurs fois par semaine ne peut que renforcer les risques pour la santé.

Prudence minimale

On prend des risques lorsque l’on consomme du cannabis et que l’on boit de l’alcool ou que l’on consomme d’autres psychotropes simultanément. De même, on prend des risques lorsque l’on consomme du cannabis et que l’on étudie, ou que l’on va passer un examen, puisque les facultés de concentration et de mémorisation sont diminuées.

Prudence maximale

Il est formellement déconseillé de consommer du cannabis lorsque l’on va prendre le volant ou lorsque l’on travaille sur une machine.

Ce que dit la Loi

La législation concernant le cannabis est régie par la loi de mai 2003 qui dit que l’achat, la vente et la détention de cannabis sont illégaux et donc punissables.

Elle ne porte pas sur la consommation de cannabis qui n’a jamais été un délit aux yeux de la loi mais sur sa détention. Concrètement, il est important de retenir que la détention de cannabis est toujours illégale sauf dans certains cas précis : quand la personne est majeure et qu’elle possède du cannabis dans une quantité telle que l’on peut supposer qu’elle relève de la consommation personnelle et qu’elle n’est, dès lors, pas destinée à la vente. Une directive ministérielle de février 2005 (modification de l’article 16 de la loi du 3 mai 2003) place la détention d’une petite quantité de cannabis par une personne majeure en vue de son usage personnel comme la plus faible des priorités dans la politique des poursuites. Il existe donc une certaine tolérance.

Si j’ai moins de 18 ans !

La tolérance n’existe pas :

==> Un procès-verbal est rédigé.

==> Mes parents sont avertis.

==> Mon dossier est transmis au parquet, qui décidera de la suite.

Si j’ai plus de 18 ans !

La directive demande à la police de dresser un procès-verbal simplifié contenant le numéro de notice, le lieu et la date des faits, la nature des faits (type et quantité du produit), l’identité complète de l’auteur,
le résumé de sa version des faits. Le risque de poursuite est faible et le cannabis n’est pas saisi.

Par contre, il y aura un procès-verbal ordinaire, et donc poursuite, si :

==> Je détiens plus de 3 grammes ou plus d’1 plan femelle, même pour ma consommation personnelle.

==> J’offre ou je vends du cannabis, y compris à mes copains.

==> Mon comportement génère des troubles de l’ordre public (par exemple consommer en rue).

==> Mon interpellation comporte des circonstances aggravantes (par exemple consommer devant des mineurs).

Remarque

Chaque procureur peut diffuser une directive particulière en cas de rassemblement de masse (fête, festival, concert, …). La tolérance peut donc disparaître. En camping, une tente n’est pas considérée comme un domicile privé, elle peut être visitée par la police.

Le cannabis restant illégal pour le gouvernement, son trafic et son circuit sont alors aux mains de fournisseurs mafieux. Or, ce marché se soucie peu de la santé publique. La qualité du produit n’est pas contrôlée : elle est plus ou moins bonne, donc plus ou moins dangereuse. En plus, par le marché clandestin, le consommateur risque d’être mis en contact avec d’autres produits illicites.

Où S’INFORMER ?
- Prospectives Jeunesse – 02/512 17 66 - 144 chssée d’Ixelles à 1050 Bxl ; www.prospective-jeunesse.be
- Auprès du Centre local de promotion de la santé (CLPS) de votre région : www.sacopar.be/association/
- Infor Jeunes - www.inforjeunes.be

Où TROUVER DE L’AIDE ?
- Auprès des médecins, dans un Centre de guidance
- Auprès du PSE (Service de Promotion de la santé) de la Haute école ou du Service d’aide de l’Université
- « Infor Drogues » (24h/24) - 02/227 52 52 ; ; www.infor-drogues.be

Cette fiche a été réalisée avec la collaboration du Centre de guidance Clos Chapelle-aux-Champs et le Service d’aide de l’UCL.

[Editeur responsable : Martin De Duve, mai 2009 © Univers santé, tél. 010/47 28 28]

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