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- Santé mentale
Atout santé - N°17 - Santé mentale
Sectes
Depuis toujours, l’Homme se pose des questions sur la vie. Il veut la comprendre, lui donner un sens, se construire des repères. Mettre des valeurs dans sa vie est important pour lui. Alors, il s’interroge, il rencontre et échange ses idées avec d’autres, il se recueille, il suit des conférences … et fait de nouvelles expériences. Cependant, ce que l’on lui propose n’est pas toujours sans danger. Nombreux mouvements sectaires offrent sur le marché divers produits séduisants à l’égard desquels il faut pourtant rester prudents. Des produits tels que conférences, groupes de prière, réunions d’activités diverses … peuvent parfois constituer des "vitrines" de mouvements sectaires qui tenteront ensuite de gagner à leur cause un nouvel adepte. Alors que faire ?
Un des meilleurs remparts contre l’adhésion à ces mouvements est sans nul doute l’utilisation de l’esprit critique. Mais, qu’est-ce que cet esprit critique ? Eh bien c’est du bon sens. C’est le fait, par exemple, de vérifier un fait avant de lui porter crédit. C’est le fait d’utiliser la raison dans l’analyse de ce qui se présente à soi.. C’est aussi le fait de tenir compte des compétences de l’interlocuteur en la matière. Et c’est aussi s’entourer de l’information nécessaire sur la problématique sectaire en général et sur le mouvement en particulier afin de s’en faire une idée relativement complète. Tous ces éléments, toutes ces attitudes, permettront de ne pas se laisser emporter dans un mouvement sans en avoir fait une approche critique. L’éducation au discernement et à l’esprit critique est la meilleure arme offerte à l’individu pour se mettre à l’abri de tout danger d’être "pris dans une secte".
Qu’est-ce qu’une secte ?
Dans le sens premier, retenu notamment par le Petit Robert, une secte désigne « un groupe organisé de personnes qui ont la même doctrine au sein d’une religion ». Dans une telle acceptation, la secte serait en soi respectable et traduirait simplement un usage normal de la liberté religieuse et d’association garantie par nos droits fondamentaux. Cependant, certaines sectes se livrent à des pratiques nuisibles et illégales, la Commission d’enquête parlementaire belge sur les sectes définit dès lors l’organisation sectaire nuisible comme « un groupement à vocation philosophique ou religieuse, ou se prétendant tel, qui, dans son organisation ou sa pratique -, se livre à des activités illégales dommageables, nuit aux individus ou à la société ou porte atteinte à la dignité humaine. »
C’est une bonne question !
Afin de ne pas tomber dans le piège tendu par certains mouvements sectaires dangereux lors d’un premier contact, il est utile de se poser certaines questions.
Comment est-ce que je vais ? Il peut être intéressant de prendre conscience de l’état d’esprit dans lequel on se trouve lors de la rencontre avec un mouvement. Il arrive que cet état d’esprit ne soit pas étranger avec la prise de contact. En effet, quand quelqu’un ne va pas très bien, cela peut se manifester dans son attitude. Il est alors facile pour un recruteur de profiter de l’occasion. De même, prendre conscience de ses besoins affectifs, entre autres, permet de prendre distance par rapport à ce qui pourrait se jouer entre le recruteur et soi.
Qu’est-ce que je ressens ? Une bonne attitude est aussi de faire attention à son propre ressenti pendant la prise de contact. Certaines attitudes ou paroles de l’autre peuvent être interpellantes. L’interlocuteur peut, par exemple, se montrer trop amical pour un premier contact, ou encore trop monsieur ’j’ai réponse à tout’. Peut-être essaie-t-il de "séduire" afin de faire un nouvel adhérent de son mouvement … un adepte. Parfois, il est donc bon de faire confiance à ses impressions.
Quel est son message ? Son discours, par son contenu et par sa forme, peut mettre la puce à l’oreille. Il y est souvent question de thématiques telles que l’écologie, l’environnement, la santé, le bien-être, etc. En outre, ce qui est présenté peut paraître fermé, ou comme étant la vérité que seul le groupe détient, sans aucune remise en question possible. Ce type d’attitude fermée doit activer quelque part un signal d’alarme. Enfin, la façon dont l’interlocuteur dépeint le monde doit aussi attirer l’attention. En fait-il une lecture "blanc-noir" ? Diabolise-t-il tout ce qui est à l’extérieur de son groupe ? … Prendre du recul par rapport au discours présenté peut aider à prendre conscience de ce qui est en train de se jouer.
Quel est le but ? Mais quels sont donc les objectifs du mouvement qui se présente ? Semblent-ils flous ? Le discours qui en est fait autour paraît-il vraisemblable ou un doute est-il émis quant aux objectifs annoncés ? Dans les mouvements sectaires dangereux, il n’est en général pas fait mention des véritables objectifs de manière claire. Souvent, d’autres buts sont avancés et rejoignent les thématiques citées plus haut. Les intentions du groupe et de ses dirigeants ne sont pas exprimées, et d’autres objectifs sont mis en avant (caritatifs, thérapeutiques, professionnels etc.).
Qui est-ce ? Dans le même ordre d’idée, il peut arriver que le "recruteur" n’annonce pas d’emblée de quel mouvement il est issu. Une bonne question à se poser ou à poser est de savoir qui est le groupe que l’on a en face de soi. L’ absence de transparence doit inciter à la méfiance.
Entrer en secte
La plupart des personnes qui « entrent en secte » sont des personnes apparemment équilibrées, animées de projets de formation ou de projet professionnel. Elles sont issues de familles comme les autres. Il n’existe pas de profil psychologique type de l’adepte et inversement, personne n’est à l’abri d’une rencontre qui peut devenir nuisible. A commencer par les jeunes qui sont à une période mouvante et vulnérable de leur vie. La quête amoureuse, soldée parfois par des déceptions. Le stress lié à un échec dans les études. Les grands points d’interrogations concernant l’avenir professionnel. Et de façon plus aigue pour certains, une situation familiale difficile, la solitude, ou des difficultés financières. Ces situations de vulnérabilité constituent un terrain favorable pour le recrutement des sectes. Mais plus encore, les groupements sectaires semblent répondre à des aspirations fondamentales de toute personne et des jeunes en particulier. « Quel est le sens de la vie, de ma vie ? Comment puis-je développer au mieux ma personnalité, être bien dans ma peau ? » Certains groupements sectaires s’attachent à valoriser l’individu, son bien être tant physique que psychique. D’autres offrent des « techniques » pour l’aider à découvrir et valoriser ses potentialités. La plupart proposent une philosophie totale face à un monde segmenté et prennent en compte le corps, les sentiments, … et pas seulement la raison. L’alliance, plutôt que l’opposition qu’ils proposent entre la science et la religion et/ou spiritualité est séduisante. Certains jeunes sont attirés par la critique (relative) du monde capitaliste occidental (associé sommairement au christianisme). Le caractère international de ces mouvements, la perspective de voyages, des rencontres multiculturelles constituent un atout aux yeux des jeunes. Enfin, certaines des vedettes du show-business et du sport, membres de groupements sectaires, légitiment ceux-ci. En définitive, les jeunes aspirent à des relations plus vraies, chaleureuses. Certains groupements sectaires offrent des portes d’entrée répondant à ces aspirations légitimes. Aspirations auxquelles les grandes religions ou la société ne répondent pas assez ou plus du tout.
Des signaux d’alarme
A l’évidence, une des choses les plus complexes à réaliser pour une personne prise dans la tourmente d’un groupe présentant des comportements sectaires, est d’en prendre conscience. Comment ? En faisant le point sur une série de signes qui font office de « signal d’alarme » et qui doivent éveiller, voire réveiller le sens critique. Il faut éviter de s’inquiéter trop vite lorsqu’un seul « signal » semble présent dans un groupe. Mais la combinaison de plusieurs d’entre eux doit pousser à s’informer et se renseigner.
Critères de nocivité
Élaborés par le Centre d’information et d’avis sur les organisations sectaires nuisibles (Extraits)
Atteinte à l’intégrité physique
Atteinte à l’intégrité morale
Atteintes à la liberté individuelle
Pressions exercées afin d’empêcher les adeptes de quitter le mouvement
Rigidité de la discipline
Corruption de la jeunesse et prostitution
Exigences financières disproportionnées
Rupture imposée aux adeptes avec leur environnement d’origine
Rupture avec les références communément admises ( éthiques, scientifiques, civiques, éducatives)
Méthodes de recrutement trompeuses ou abusives
Aider un proche
On est parfois dépourvu lorsqu’une amie, un frère, un proche est associé à une organisation qui nous semble être une secte . Faut-il intervenir ? Comment ? Ne fait-on pas pis que mieux en l’interpellant ? Des associations ont réfléchi à la question et proposent des pistes d’action.
Il semble que le plus important consiste à garder contact avec cet ami, ce proche. Créer ou maintenir des relations chaleureuses d’amitié et d’affection. Eviter les discussions stériles, les argumentations source de conflits et de tensions. Lui rappeler ses références anciennes tels des souvenirs de famille, ses centres d’intérêt pour un mouvement de jeunesse, un sport, une passion. Lui demander s’il se sent bien, s’intéresser à son quotidien et l’amener à parler en « je » plutôt qu’en « nous », c’est à dire lui permettre de prendre distance par rapport à ce groupe. Le maintien d’un lien positif entre la famille, les amis et ce proche pour lequel on est inquiet est la condition sine qua non du possible retour.
Ce proche est libre d’entreprendre de nouvelles recherches spirituelles ou de développement personnel. Il faut lui reconnaître cette liberté fondamentale, de même qu’il faut revendiquer le droit à ne pas partager ses nouvelles convictions. Mais, même s’il se trompe, il est important de lui témoigner qu’il est apprécié pour lui-même, au-delà de ses convictions.
Comprendre, voilà également un maître mot. S’informer objectivement sur la doctrine du groupement, sur son vocabulaire, ses modes de pensée et de vie. Cette connaissance permet aux proches de maintenir le dialogue. Des documents produits par le groupe lui-même, ou à propos de ce groupe constituent deux sources complémentaires d’information.
L’aide s’organise d’abord parmi les proches. Chacun à sa manière participe au maintien ou à la reconstruction d’un lien qui s’est peut-être distendu. Des parents se mobilisent et s’entraident, se soutiennent, on peut faire appel à leur aide.
Mais lorsque l’aide des proches semble insuffisante, des professionnels constituent de véritables ressources complémentaires et constituent une tierce personne dans la relation. Il existe des centres d’information sur les différents groupes sectaires. Des psychologues peuvent apporter de l’aide aux ex-adeptes et à leurs proches. D’un point de vue juridique, il est parfois nécessaire de consulter un avocat si on sent qu’il y a des risques de dépossessions de biens, ou si des mineurs sont concernés. Enfin, il est important de garder des traces objectives des relations entre ce proche et le groupement. Des adresses, du courrier, ou tout document en rapport avec la question… Ces pièces pourraient être utiles en cas de procès.
Où se documenter ? Où trouver de l’aide ?
Le Centre d’informations et d’avis sur les organisations sectaires nuisibles dispose d’un centre de documentation et renseigne sur les nombreux organismes et associations d’information et d’aide aux victimes des sectes. Rue Haute, 139, 1000 Bruxelles Tél. 02/504 91 68
Réalisation : Univers santé en collaboration avec l’Observatoire des des sectes de Louvain et le Centre d’information et d’avis sur les organisations sectaires nuisibles
Éditeur responsable : Martin de Duve. Mars 2009 © Univers santé, tél. 010 47 28 28

