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Atout santé - N°23 - Santé mentale
Trouver ma voix
Tel un instrument de musique, il est possible d’apprendre à mieux jouer de sa voix. La voix n’est pas une structure objective donnée une fois pour toutes, comme la taille ou la couleur des yeux. Premier vecteur de la communication après le non-verbal, intimement liée à notre réalité émotionnelle et affective, elle peut être un moyen pour aller à la rencontre de nos émotions et approfondir nos qualités d’être, cela en relation avec soi, avec les autres et avec la vie.
La voix se façonne, se modèle, se travaille : pour le plaisir, pour se sentir bien avec soi-même ou pour en avoir un meilleur usage en fonction d’une prestation à accomplir.
Qu’est-ce que la voix ?
La voix humaine est à la fois un phénomène sonore et une action corporelle. Quand nous parlons, le corps produit des sons : il fonctionne comme un instrument de musique extrêmement perfectionné. Propre au vivant évolué, elle est liée à la communication et sert à l’existence sociale. Elle se tient toujours, dans sa partie essentielle, du côté de l’inconscient et de l’irrationnel. On peut cependant la travailler !
Les mécanismes physiques
La voix n’a pas d’organes affectés spécifiquement à la phonation. L’appareil de production sonore humaine peut être divisé en trois parties. Il y a l’appareil respiratoire inférieur qui forme avec les poumons un réservoir d’air. La deuxième partie comprend le larynx, les cordes vocales ainsi que l’épiglotte. Les cordes vocales, deux muscles tendus, sont relâchées en temps normal. Lors d’une émission sonore, les cartilages du larynx les font s’accoler. Dans cette position, le souffle va faire entrer en vibration les cordes et provoquer des sons. La troisième partie est constituée de l’ensemble bucco-nasal, qui joue le rôle de résonateur et donc de filtre sonore.
Prendre soin de sa voix
Prendre soin de sa voix, c’est prendre soin de son corps et de soi. Une voix bien placée est celle qui résulte de la coordination de tout notre corps. Ce sont surtout nos inhibitions qui sont responsables de nos "mauvaises voix". En effet, si certains éléments de timbre sont constitutionnels, d’autres sont en rapport avec notre psychologie ou résultent d’attitudes corporelles : confiant en nous, notre corps sera plus ouvert, plus défendu. Au contraire, la peur devant un professeur lors d’un examen oral, peut nous faire prendre une petite voix. La bonne santé des organes respiratoires influence évidemment les potentialités de la voix. A l’intérieur des bâtiments chauffés, il est important de veiller à maintenir un taux d’humidité relatif suffisant, soit environ 60-70%, mesurable avec un hygromètre. S’il fait trop sec, tout le système respiratoire supérieur sera irrité. Le larynx craint l’air froid et humide ainsi que l’air chaud et sec. Une bonne aération permet d’évacuer des substances irritantes en ouvrant grand la fenêtre pendant 5 à 10 minutes, chaque jour.
Le corps, organe sonore dans son entièreté
Sans corps, la voix ne serait pas. La voix naît du corps, notre première maison. Pour que les sons puissent circuler, résonner et prendre "corps", il est nécessaire d’offrir une bonne caisse de résonance. Caisse de résonance qui correspond ici à l’ensemble de la posture du corps.
Le geste respiratoire
La voix dépend du souffle, le souffle de la respiration, la respiration du diaphragme. Le diaphragme est un grand muscle plat qui coupe entièrement le corps en deux parties. Pour que le son puisse être soutenu et relativement fort, il faut que le diaphragme agisse pendant l’expiration sonore, c’est-à-dire qu’il exerce une pression de haut en bas et du centre vers l’extérieur. Ce qui va pousser l’abdomen et les côtes vers l’extérieur.
Le souffle, voie royale
La voix est intimement liée à nos émotions. Les émotions ont une influence sur nos manières de réguler les flux d’air. Ainsi, la joie donne lieu à des mouvements respiratoires plus amples. Par rétroaction, la respiration induit un certain type d’état psychologique : expirer et inspirer de manière rapide et vigoureuse induit un état d’alerte, voire même de colère. Inversement, expirer lentement et profondément induit une sensation de calme. Il n’est pas nécessaire d’inspirer mais de se laisser inspirer.
Exercice d’ancrage au sol
Pour produire et faire résonner un son dans l’ensemble du corps, une qualité essentielle est une bonne stabilité. Le corps gagnera ainsi d’avantage de vigueur et de détente.
Les deux pieds déposés sur le sol, avec la plante du pied bien en contact avec le sol. Genoux très légèrement fléchis afin de permettre la bascule du bassin.
Buste conforme à l’axe : impression que chaque vertèbre repose sur la précédente.
Epaules détendues. Les lever puis les laisser tomber comme un enfant qui dit à sa maman : "j’m’en fous !". Ce placement du buste permet une certaine ouverture de la cage thoracique précieuse pour l’épanouissement du son.
Tête dans l’axe du reste du corps : c’est-à-dire le menton ni trop rentré, ni trop vers l’avant. Ceci afin de garder la trachée et le larynx dans un même axe en évitant les tensions superflues.
Exercices d’éveil du diaphragme
Assis sur une chaise, les bras reposant sur les genoux, les épaules relâchées et la bouche entrouverte, retrouvez la respiration du repos : le mouvement se sent de manière diffuse dans tout le thorax, depuis le ventre jusqu’aux épaules en passant par le dos. Laisser monter les soupirs et les bâillements.
Assis sur une chaise, le dos droit, le regard à l’horizontal, expirer sur le son "ss" fortement et longuement ou par saccade. Pendant cette expiration en gardant les épaules détendues, sans rétracter le ventre, posez les doigts sur le sternum (juste en dessous des côtes) et repoussez-les vers l’extérieur, grâce au diaphragme. Ensuite relâcher le ventre, l’inspiration vient spontanément.
Exercice de détente de l’appareil vocal
Le son a besoin d’espace pour bien résonner. Des exercices de détente de la mâchoire et de la bouche permettent d’augmenter les dimensions inférieures du pharynx, le premier résonateur du corps. Le pharynx est l’espace dans le fond de la gorge qui constitue le carrefour des voies digestives et respiratoires.
Le desserrement de la mâchoire inférieure : assis et détendu, laisser tomber allègrement (ne pas avoir peur de paraître idiot), et sentir le reste du corps qui suit le mouvement de relâchement : la nuque, les épaules, et puis le dos, du haut jusqu’en bas.
Le bâillement : celui-ci produit l’abaissement du larynx. Le larynx est la partie supérieure de la trachée. Si vous palpez de la main votre trachée, vous sentez qu’elle est composée d’anneaux arrondis. Pour abaisser le larynx, bâiller profondément, sous sentez qu’il descend presque jusque dans la poitrine. Si au contraire, vous avalez votre salive, il va monter vers le haut.
L’avancement de la langue : si celle-ci est trop "avalée", elle crée une contraction au niveau du larynx. Donc, un exercice bénéfique est de tirer le bout de la langue vers l’avant, en dehors de la bouche, comme si l’on voulait toucher le menton. Tout cela doit bien sûr se faire de manière relaxée et détendue, sans jamais forcer.
Une attitude globale
Une série de fonctions ou de métiers nécessitent un usage fréquent de la voix : enseigner, faire des exposés, animer des réunions, présenter un examen... Parler en public nécessite une mise en scène de soi. Ce qui signifie qu’avant de parler, on est porteur d’un désir : celui de communiquer. Voici quelques suggestions qui peuvent vous y aider.
Avant de commencer à parler, se concentrer sur son projet puis sur soi, par exemple en pensant à une région précise du corps.
Respirer de façon juste, condition importante au déroulement d’une intervention vivante. Bien posée, la respiration permet, en complément du regard et de l’attitude, d’ouvrir une porte au public pour qu’il puisse entrer dans votre jeu.
Faire confiance à la force du regard dirigé vers le public, essayer de ne pas brouiller l’expression par des mimiques et des mouvements superflus. Plus l’expression est économe, plus elle est forte.
Prendre le temps, ne pas avoir peur du silence. Perçu comme un allié, le silence peut aider à capter l’attention du public et à garder son calme : ne pas se lancer tout de suite, s’arrêter entre les phrases, entre les mots.
Etre clair sur le message à faire passer.
Un manque de simplicité et de clarté dans l’expression résulte souvent d’une absence de logique dans l’exécution. Etre simple c’est aussi s’accepter tel qu’on est, avec ses atouts et ses limites, et garder son naturel. La voix peut se fatiguer ou mal passer. Une foule d’exercices, qui touchent à la fois à la conscience de soi dans un espace, de la présence à soi et aux autres, de l’attitude générale du corps, de la pause de la voix, peuvent aider à en améliorer son usage. Cette fiche ne permet pas de les développer mais des adresses utiles vous sont communiquées pour pouvoir les découvrir. Chanter dans une chorale, faire du théâtre, suivre une formation, offrent différentes occasions intéressantes de développer notre voix.
Chanter pour se faire du bien
On peut distinguer deux tendances se retrouvant à des degrés divers dans le chant. Il y a la démarche fonctionnelle, qui vise à produire un son pour exercer un impact sur autrui, comme les berceuses destinées à endormir un enfant. La démarche esthétique s’intéresse au chant en lui-même avec un souci de beauté sonore. De cette recherche découle un ensemble de techniques comme la pose de la voix, le souci de la diction, … Une troisième « voie » consiste à chanter non pas pour rejoindre un modèle esthétique, ni même pour produire un quelconque effet… Non, il s’agit tout simplement de laisser vibrer les caisses de résonances, librement et avec plaisir, pour se rapprocher toujours un peu plus de ce que nous sommes… La référence n’est plus ailleurs, elle est dans le moment présent, là où nous sommes. Il s’agit de laisser chanter ce qui a envie de chanter.
« J’ai vraiment été surpris et impressionné de remarquer que ma voix, mon chant étaient affectés par mon état d’esprit. Selon que je me sente bien, mal, angoissé, joyeux, stressé, etc… ma voix était plus ou moins claire, forte, tremblante, feutrée. Aujourd’hui, quand je ne me sens pas totalement dans mon assiette, sans savoir exactement mettre des mots sur mon malaise, le chant m’aide. »
« Je venais pour chanter et voici que j’en ressors détendu et relaxé ! Rassurez-vous, j’ai aussi chanté. Au cours des exercices s’est installée une ambiance paisible de confiance. Je me sentais à l’aise d’être ce que j’avais envie d’être. »
Adresses utiles
"La Compagnie du petit matin"
Responsable : Marie-Rose Meysman
Tél. : 02/647.07.79
L’atelier vocal
Responsable : Daniel Lipnik
Tél. : 010/69.94.50
La méthode de pneumaphonie
www.wilfart.com
Collège de psychophonie
Responsable : Marie-Louise Aucher
www.college-de-psychophonie.net
P.-S.
Réalisation : Univers santé en collaboration avec des étudiants de la Faculté de psychologie
Éditeur responsable : Martin de Duve. Avril 2009 © Univers santé, tél. 010 47 28 28

